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Appel à projets de l'Institut du Genre

Les trois axes soutenus cette année seront “Épistémologie, méthodologie et diffusion des savoirs sur le genre”, “Langages, arts et création” et “Sexualités, LGBTI”. La campagne est ouverte du 11 décembre 2017 au 28 février 2018.

Le GIS Institut du Genre lance trois appels à projets dans le domaine des études du genre et des sexualités.

En 2018, le GIS Institut du genre lance un appel à projets concernant trois de ses thématiques.

Epistémologie, méthodologie et diffusion des savoirs sur le genre

Les savoirs sur le genre ont considérablement évolué depuis l’appropriation et la ré-inflexion, par la pensée féministe, des premières théories du genre formulées aux États-Unis dans la deuxième moitié du XXe siècle. Ce développement, favorisé par la reconnaissance de la légitimité scientifique des recherches sur le genre, tient en particulier à deux facteurs : d’une part, l’internationalisation de ce domaine de recherche, elle-même tributaire des nouveaux modes de production et de circulation des connaissances ; d’autre part, l’élargissement du champ de pertinence et d’investigation des recherches sur le genre, avec le développement de collaborations inédites entre les sciences humaines et sociales, domaine d’origine des études de genre, et les sciences expérimentales telles que la médecine, la biotechnologie et les neuro-sciences.

Loin d’aboutir à une unification de la « science du genre », ces développements ont favorisé la pluralisation des théories, et avec elles, du sens des concepts utilisés ou produits dans ce champ. Cette instabilité épistémique, qu’on peut considérer comme une richesse, puisqu’elle favorise la critique interne, a elle-même des conséquences politiques, sociales et culturelles, qu’il importe d’analyser.

On pourra donc réfléchir au rôle des systèmes d’information dans la production et la circulation des savoirs sur le genre, que ceux-ci se présentent comme théoriques ou empiriques.

On pourra s’intéresser au rôle de l’hégémonie culturelle occidentale ou encore de ce qu’on appelle aujourd’hui la mondialisation dans les formes prises par la circulation des savoirs sur le genre, comme dans la distribution géopolitique de leur production et de leur réception.

Ce cadre contemporain d’internationalisation de la recherche pousse aussi à étudier les infléchissements ou difficultés théoriques qui sont induits par la variété des contextes de production et d’émission des savoirs sur le genre, ainsi qu’aux problèmes de « traduction conceptuelle » liés à la diversification des contextes et des langages de production et d’émission de ces savoirs.
Les études et la théorie postcoloniales, dans la mesure où elles soulignent explicitement le rapport entre épistémologie et politique invitent à penser ensemble différents paradigmes et différentes modalités historiques de la domination et des rapports de force politiques : on pourra s’intéresser à l’inflexion qu’elles donnent aux études de genre.

Les nouvelles collaborations entre études de genre et sciences expérimentales (biotechnologie, nanotechnologie, neuro-sciences, sciences cognitives, etc.) invitent à redéfinir ou à reformuler les grandes oppositions épistémiques qui fondent l’axiomatique des sciences humaines occidentales (nature/ culture ; nature/ société ; corps/ esprit ; objet/ sujet, etc.). On pourra ainsi s’intéresser aux influences épistémiques exercées par les études de genre sur le champ contemporain de la recherche en biologie et inversement, et, partant, aux nouvelles conceptualisations du corps (vivant, humain, sexué, genré) qui en résultent.

La problématique et le phénomène trans’ interrogent certains présupposés théoriques et/ou politiques des études de genre, tout en invitant à approfondir, voire à repenser, l’articulation entre sciences humaines, biopolitique et biotechnologies.

L’appel à projet invite également à étudier les effets politiques, sociaux et culturels de la pluralisation et de la concurrence de modèles épistémiques touchant au genre. Le genre n’a peut-être pas le même sens ni les mêmes « applications » selon qu’il sert d’outil d’analyse de la partition hiérarchique des (deux) sexes, ou selon qu’il sert de levier à la critique « queer » du partage binaire des identités de genre ; selon, en d’autres termes, qu’il conduit à formuler une critique et/ou une politique féministe, ou bien une critique et/ou une politique « queer » postféministe.

Langages, arts et création

Le genre, le sexe et la sexualité sont tributaires du langage, qui contribue à les façonner autant qu’il permet de les concevoir. L’exploration des relations entre langage et genre est au coeur de cet appel à projets. Il s’agira d’encourager les recherches linguistiques sur la féminisation des noms de métiers, titres et fonctions ou sur l’écriture inclusive ainsi que tout type de travail faisant du langage – dans sa dimension orale, écrite, numérisée, gestuelle, visuelle, artistique, littéraire – un objet d’étude pour les sciences humaines et sociales. La voix, le lexique, la syntaxe, le discours et l’interaction sont autant de niveaux d’analyse qui pourront être pris en compte en tant que dispositifs de construction et de déconstruction du genre.

L’histoire littéraire et l’histoire de l’art sont longtemps restées des disciplines patrimoniales, au service d’un récit national transmis par l’institution scolaire. Dans ce contexte, les oeuvres de femmes ont été minorisées, ignorées ou oubliées. À partir du début des années 1980 et sous l’impulsion d’une théorisation du genre en cours de constitution, les chercheuses et chercheurs en histoire de l’art et en littérature ont commencé à interroger le « canon », c’est-à-dire le système de valeurs idéologiques qui a longtemps servi, en Occident, à légitimer, au nom de l’esthétique, la non-reconnaissance des femmes artistes et écrivains. De nouveaux chantiers s’ouvrent aujourd’hui dans ce domaine : on encouragera les recherches qui, avec la prise en compte des oeuvres de femmes, se proposent de modifier les grands récits historiques et de renouveler la théorie esthétique, en compliquant la périodisation de l’histoire de l’art ou de l’histoire littéraire, et en remettant en question les catégories esthétiques qui président au regroupement des oeuvres et surdéterminent leur lecture et leur réception.

La réévaluation et la réinterprétation des oeuvres passent aussi par l’examen de leur langage, plastique ou littéraire. On poursuivra les recherches entamées en France dès le début des années 1970 sur la poétique des différences, recherches enrichies à partir des années 1990 par les lectures « queer » de la littérature et de l’art, ainsi que par un usage « queer » de la langue. Il s’agira non seulement d’élaborer des formes de lecture permettant d’interroger les modes d’inscription des stéréotypes ou de configurations du genre dans les productions artistiques, mais aussi d’analyser le contournement, la complexification ou la déstabilisation du genre par le jeu des écritures littéraires ou plastiques, qu’elles soient ou non corporelles. Dans ce cadre, il sera utile de mobiliser OU de repenser des concepts tels que celui de la performance, entendue aussi bien comme genre artistique que comme mode de production discursive orienté vers un public, et de la performativité qui fait du discours un opérateur de construction du réel.
Dans le domaine des arts, les théories féministes et les études de genre ont participé d’un mouvement historiographique de recontextualisation des oeuvres, et de prise en compte de leur réception. Cette histoire des arts renouvelée a ainsi contribué à rappeler que les artistes demeurent des agents sociaux « comme les autres » et que la production artistique est, pour cette raison, une pratique sociale nourrie des interactions et des socialisations de ses acteurs, traversée par les rapports de domination (de classe, de race, de sexe...) ainsi que par les discours et les représentations de leur époque. Dans cette perspective d’une histoire sociale des arts, on encouragera les études sur le rôle des institutions, sur les trajectoires de celles et ceux (artistes, mais pas uniquement, consacré-e-s ou non) qui font exister les « mondes de l’art », sur les configurations des espaces de production artistique quels qu’ils soient ("mondes", "champs", "marchés"...) et
leurs liens avec le politique, sur les questions liées à la réception des oeuvres, etc. On s’intéressera à la manière dont les productions artistiques ont pu être façonnées par l’idéologie, mais également à la manière dont les arts (la musique, l’écriture, la peinture, la sculpture, la broderie, le dessin...) ont pu constituer – ou non, selon les périodes ou les espaces géographiques – des espaces d’émancipation ou des formes d’expression privilégiées par et pour les femmes, les franges dominées de la société ou les minorités racisées. Les analyses à l’aune du genre permettront non seulement d’appréhender autrement la production des arts, mais aussi – comme pour le langage en général – de mettre au jour les biais normatifs par lesquels leur histoire est, encore aujourd’hui, écrite et transmise.

Sexualités, LGBTI

Le présent appel à projets vise à encourager des recherches qui entendent mettre en lumière, dans le champ des sexualités – hétérosexuelles comme LGBTI –, les rapports de pouvoir et de domination, les pratiques, les normes, leur influence et les contestations dont elles font l’objet. Cela implique que soit également intégré dans l’analyse le rôle des institutions et des contre-pouvoirs que suscite leur existence même du point de vue de l’encadrement, de la régulation et du contrôle des rôles, des pratiques et des comportements. Cela implique que soient pris en compte les pratiques corporelles, les conceptions et les discours habituellement considérés par les recherches menées en sciences humaines et sociales dans le champ des sexualités.

La sexualité étant un espace où les rapports de genre se construisent et se matérialisent, on s’intéressera à la manière dont elle fait advenir des partenaires inégaux et des représentations asymétriques du masculin et du féminin. À partir des points de vue des disciplines les plus diverses (histoire, géographie, sociologie, anthropologie, droit, science politique, études littéraires, santé publique, arts plastiques, études cinématographiques…), la double asymétrie entre le masculin et le féminin dans l’hétérosexualité et l’asymétrie durable entre hétérosexualité et homosexualité méritent d’être décrites et analysées en tant qu’elles constituent ce que l’on nomme l’hétéronormativité. On encouragera les recherches sur les hiérarchies au sein des masculinités et des féminités, hégémoniques ou subordonnées. De même, les recherches sur leurs recompositions réelles, fictionnelles ou utopiques retiendront l’intérêt.

Si l’étude des sexualités et celle des expériences des lesbiennes, gays, bi, trans’ et intersexes sont aujourd’hui l’une des principales entrées de la réflexion sur le genre, c’est que la sexualité se déploie dans tout l’espace social, comme institution de hiérarchisation des sexes, des genres et des sexualités. Dans cette perspective, on s’intéressera aux enjeux des mobilisations sociales et politiques productrices d’identifications et de nouvelles normativités, comme aux expériences, aux parcours individuels, et à l’ensemble des pratiques structurant le genre au fil de la vie.
L’expérience trans’ est cependant moins axée sur la question de la sexualité dont elle s’est historiquement démarquée tout en constituant un espace de questionnement essentiel des études de genre contemporaines. Elle interroge en effet la partition classique féminin/ masculin et homme/ femme en posant frontalement la question des possibilités sociales et culturelles de sa mobilité individuelle et de sa fluidité éventuelle. Elle amène aussi à prendre en considération une autre partition hiérarchisée, celle qui prévaut entre personnes cisgenres et personnes transgenres et constitue ainsi un élargissement des problématiques de genre. Là encore il s’agit d’un champ en plein développement qui mobilise une pluralité de disciplines. Il en va de même de l’expérience des personnes intersexes à laquelle les travaux empiriques et théoriques en France sont encore trop peu nombreux à s’intéresser. Cet appel à projet vise donc également à encourager les travaux qui entendront aborder les expériences des lesbiennes, gays, bisexuel·le·s, trans’ et intersexes au-delà du strict domaine de la sexualité.

Enfin les projets peuvent contribuer à la mise en relation du champ des sexualités et de celui des affects. Considérer les affects et replacer les pratiques de la sexualité dans une économie générale des relations entre les personnes est indispensable pour comprendre la diversité et la complexité de l’expérience et des parcours.

Objectifs de l’appel à projets

Cet appel à projets a pour objectif de :

  • favoriser des mises en réseau scientifiques à l’échelle nationale ou internationale
  • favoriser la constitution de projets de type « ANR » ou « projets européens » en contribuant à leur montage
  • soutenir la mise en oeuvre de recherches et d’enquêtes de terrain
  • aider à la mise en oeuvre de projets éditoriaux de grande ampleur
  • permettre ou accompagner l’émergence de nouvelles problématiques

Dans cette perspective, les projets présentés pourront inclure, mais ne doivent pas se limiter à, l’organisation de colloques ou de journées d’études.

Les manifestations scientifiques organisées par les lauréat-e-s devront inclure la mention du soutien de l’Institut du genre. Les porteur-e-s de projets lauréat-e-s pourront, si ils ou elles le souhaitent, faire appel à un membre de l’Institut (direction ou conseil scientifique) pour représenter l’Institut du Genre à ces manifestations.

Une note de synthèse et un état des dépenses seront demandés par le GIS Institut du genre à l’issue de la mise en oeuvre des projets sélectionnés. La note de synthèse sera affichée sur le site de l’Institut du Genre.

Les lauréat-e-s seront invité-e-s à participer à une journée de restitution en novembre 2018.

Conditions d’éligibilité

Cet appel s’adresse à tou-te-s les chercheurs/cheuses et enseignant-e-s – chercheurs/cheuses statutaires relevant d’établissements publics de recherche et d’enseignement supérieur partenaires du GIS Institut du Genre, quels qu’en soient le grade, la discipline, l’appartenance institutionnelle et la localisation géographique en France.

Priorité sera donnée à des projets portés par des individus ou des collectifs relevant d’au moins deux unités ou équipes différentes.

Modalités de soutien

Le financement est plafonné à 5 K€ par projet.

Le financement est accordé pour l’année 2018. Il sera versé en une seule fois et devra être utilisé avant la fin de l’année 2018.

Modalités de dépôt du dossier

Le formulaire obligatoire, une fois complété, et enregistré en pdf devra être soumis à l’adresse suivante : sg-gis-idgenre@mshparisnord.fr au plus tard le 28 février 2018 minuit. Pour plus d’information : contact administratif : sg-gis-idgenre@mshparisnord.fr

Application date
28 Feb 2018
Country
Europe France Paris Île-de-France
Discipline
Social sciences Gender Studies
Required post-doc experience: 
between 0 and 99 years
Award granted
Up to € 5.000
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